Méditerranée Orientale : évolutions

Mise à jour du 27/01/2018 :

Le jeudi 25/01/2018 l’UE a décidé de débloquer 837 millions d’euros pour l’amélioration de ses infrastructures en matière d’énergie, dont 101 millions d’euros pour l’exploitation des champs gaziers au sud de Chypre, y compris une station de liquéfaction de gaz en mer.

Cet investissement doit aider Chypre à diversifier ses sources d’énergie. En effet, jusqu’à présent, environ 95% des besoins énergétiques de Chypre sont couverts par le pétrole ou des dérivés du pétrole. Dorénavant l’UE vise a augmenter considérablement la part de gaz liquéfié, exploité localement et moins polluant que le pétrole. Chypre dispose également de ressources potentielles importantes d’énergies renouvelables : solaires et éoliennes, qui ne sont pas visées par les investissements de l’UE.

Par ailleurs l’UE a consacré 34,5 millions d’euros à l’étude de faisabilité du premier tronçon du gazoduc « East-Med » entre Chypre et la Grèce, via la Crète.

Ces investissements constituent un soutien incontestable de l’UE à l’alliance énergétique en méditerranée orientale, constituée par la Grèce, Chypre, Israël et l’Egypte. Ils doivent leur permettre de mieux exploiter et commercialiser leurs ressources énergétiques.

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Depuis la conférence organisée le 14 novembre 2017 par le Pôle européen de Lyon, les événements se sont précipités.

Le 20 novembre 2017 une réunion trilatérale eut lieu à Nicosie entre le Président chypriote Nicos Anastasiades, le président égyptien Al-Sisi  et le premier ministre grec Alexis Tsipras afin de discuter des ressources d’hydrocarbures de la région. Le ministre des Affaires Etrangères turc déclara d’emblée le résultat de la réunion « nul et non avenu ».

Malgré l’opposition turque et conformément à la décision tripartite, le navire de forage Saipem 12000 débuta une campagne d’exploration et de forage, commandée par les compagnies TOTAL et ENI dans la région.

Auparavant l’Italie, La Grèce, Chypre et Israël étaient déjà tombés d’accord sur la construction d’un gazoduc au départ des champs récemment découverts vers l’Italie, en passant par la Crète et la Grèce. Le projet « East-Med » coûtera environ 5 Milliards € et le gazoduc aura une longueur de plus de 2.000 km.

Le 5 décembre 2017 à Nicosie l’accord pour la construction du gazoduc « East-Med » fut signé par les ministres des énergies de Grèce, Chypre et Israël et par l’ambassadeur italien de Chypre, en présence de représentants de l’UE, marquant ainsi l’approbation de l’UE pour ce projet.

Après plusieurs manœuvres militaires conjointes courant 2017, les ministres des défenses de Grèce, Chypre et Israël se réunissaient en novembre à Athènes pour évoquer le renforcement de la coopération entre les 3 pays afin de promouvoir la sécurité, la stabilité et la paix en méditerranée orientale.

En réponse, la Turquie organisa ses propres exercices militaires dans la zone économique exclusive revendiquée par Chypre et contestée par la Turquie. Une dizaine de navires de la flotte turque et 4 commandos sous-marins sont toujours présents dans la zone du bloc N°6, attribué par Chypre aux compagnies Total et ENI.

Début 2018, la Turquie disposera de son premier navire de forage, le Deapsea Metro II, arrivé tout juste de Norvège.

La question critique qui se pose est la suivante : que se passera-t-il, si le Deapsea Metro II, accompagné par la flotte turque concrétise son intention de procéder à des forages au bloc N°6, alors que le Saipem 12000, sans doute escorté par une autre flotte militaire est déjà en train de forer sur place ?

La situation déjà tendue en 2017 risque de s’envenimer davantage en 2018 et le bloc N°6 risque de faire la une des médias.

Le Pôle européen de Lyon suivra cette évolution de près.