Allemagne : « poids lourd » de l’Union Européenne

Le seul poids économique de l’Allemagne ne suffit pas à expliquer sa position dominante en Europe, car elle ne représente qu’environ 29 % du PIB, mais environ 70% des excédents de la balance des paiements de la zone euro. D’autres pays ont également des économies significatives : le PIB de la France représente 20 % avec une balance des paiements négative (-8%) et celui de l’Italie 17,5 % avec une balance des paiements positive (5%). Quelles raisons expliquent donc son influence prédominante ?

Les évolutions économiques de ces dernières années montrent que l’Allemagne, dans un environnement stable et malgré la crise des migrants, aggravée par l’invitation de sa chancelière a su tirer avantage des traités européens.

La création du grand marché européen et la stabilisation définitive des taux de change intra-européens par l’introduction de l’euro se sont révélés très profitables pour l’Allemagne, dont la croissance repose en grande partie sur les exportations et qui recherche systématiquement (et y réussit) à dégager des excédents dans sa balance des paiements. Année après année l’Allemagne s’enrichit et accroît sa puissance politique.

Cet extraordinaire succès de l’économie allemande repose sur une multitude de PME, souvent familiales. Ces PME embauchent massivement, mais ont besoin du support financier de banques pour se développer. Ainsi il s’est créé partout en Allemagne un tissu dense de plus de 1.000 banques locales de petite et moyenne importance, qui soutiennent le développement des PME : 80% des banques locales sont des caisses d’épargne ou des banques coopératives, qui reçoivent 70% des collectes et qui financent 90% des crédits aux PME.

Dans ces conditions, l’Allemagne ne peut que s’opposer à certaines initiatives européennes, visant à concentrer les banques locales ou à unir toutes les banques de l’UE. On comprend également que ces initiatives européennes arrangeraient bien la concurrence américaine.

Corrélativement d’autres pays européens ont perdu des parts de marché, et ont été obligés d’adopter des politiques déflationnistes en accroissant considérablement leurs dettes, alors que l’Allemagne a réussi à diminuer sa dette relative depuis plusieurs années. L’intégration européenne a abouti à des asymétries importantes : économiques et politiques en faveur de l’Allemagne.

Plus puissants depuis la réunification du pays, la population et le gouvernement allemands sont beaucoup moins enclins à faire des concessions à leurs voisins. Ainsi l’Allemagne défendra son « statu quo ». Il lui suffit pour atteindre cet objectif de veiller à la stricte application des traités européens, qui matérialisent ses intérêts.

Le « miracle de l’emploi » allemand repose essentiellement sur les PME. En 2017, l’Allemagne a crée 720.000 emplois et le taux de chômage a baissé à 3,8% ; on prévoit >500.000 emplois en 2018 et autant en 2019 avec un taux de chômage de 3,4% à fin 2018.

L’Allemagne ne peut pas trouver toute cette main d’œuvre en interne et doit donc en « importer » massivement. C’est ce constat qui explique sans doute la politique migratoire de Mme. Merkel. Reste à savoir, si les migrants sont qualifiés ou peuvent être formés pour occuper les postes vacants dans l’environnement allemand ? Par ailleurs, faut-il généraliser la politique migratoire allemande, qui correspond à un besoin spécifique aux autres pays européens, qui n’ont pas forcément les mêmes besoins ?

Pôle Européen de Lyon, le 30/12/2018 par R.Bley